Le
docteur Cungi est un psychothérapeute spécialisé
en thérapie comportementale et cognitive des problèmes
de dépendances. Durant plusieurs années il a occupé
un poste de médecin consultant des Hôpitaux Universitaires
de Genève, dans le service des toxico-dépendants.
En donnant l’exemple
d’un cas de dépression, le docteur Cungi dit que les
proches peuvent et doivent jouer le rôle de co-thérapeutes
dans le traitement des maladies physiques et les troubles psychiques.
Basé sur un modèle bio-psycho-sociale du comportement
humain et de la santé, il constate que toute la famille est
affectée par la souffrance d’un des leurs. Chacun dépense
beaucoup d’énergie à essayer d’y faire
face mais personne ne sait exactement quoi faire ou si ce qu’il
fait est bien ou mal. Essayer de répondre au problème
de manière dispersée est nocif. Il faut trouver un
moyen de régler le problème ensemble et avec les professionnels.
La dépression
clinique s’installe à partir d’événements,
mais se distingue par le fait qu’elle perdure même en
l’absence de causes. On ne s’en sort pas tout seul ;
il y a une ré-éducation à faire ; il faut établir
une alliance thérapeutique.
Il faut commencer
par des entretiens familiaux où, ensemble, on fait le bilan
des ressources, répartit les tâches et fait un apprentissage
de comment se comporter avec la personne concernée (= méthodes
thérapeutiques). Par la suite, les proches ont besoin d’aide
et de conseils ; la souffrance des proches peut nécessiter
une prise en compte spécifique. L’équipe soignante,
mais aussi les associations, peuvent remplir cette tâche.
Dans un groupe
d’aide et d’accompagnement, les anciens patients peuvent
donner des informations très utiles. La Villa Flora ( http://www.villaflorasierre.ch/
) - un centre de traitement pour personnes dépendantes de
l'alcool et autres substances - offre un excellent modèle
de ce genre de groupes.
Discussion
- Qu’en est-il des proches qui ne se rendent pas compte du
problème ? Ont-ils aussi besoin de supervision ?
- Dans la plupart des cas, les proches se rendent bien compte qu’ils
ont un problème et recherchent de l’aide. S’il
y a des résistances, c’est peut-être parce qu’ils
ont peur de ne pas être à la hauteur.
- Le rôle
des proches de quelqu’un souffrant de schizophrénie
diffère-t-il de celui des proches d’un toxicomane ?
- Pas vraiment. Dans les deux cas il faut utiliser les ressources
de tout le monde, créer un esprit d’équipe pour
résoudre le problème.
- Un patient
qui va mieux ne court-il pas de risques en essayant d’aider
d’autres patients? (Question d’une dame dont la fille
a décompensé après avoir témoigné
de son expérience.)
- Il faut étudier la façon de laquelle c’est
fait. Il faut être prudent.
- Y a t’il
un site internet qui compare les effets et l’efficacité
des médicaments ?
- Oui : le site « Prescrire » http://www.prescrire.org/
.
- Les proches
ont besoin de protéger leur propre santé. Tomber malade
eux-mêmes n’aide en rien la personne concernée.
Ne doivent-ils pas laisser les soignants faire leur travail, rester
dans leur rôle affectif de parents/proches ?
- Non. Les soins n’ont pas de frontières ! Ensemble
il faut décider qui fait quoi, et donner des outils aux proches.
« Les médecins sont aussi paumés que vous. »
Il est nécessaire de s’occuper des autres, mais on
a besoin d’aide pour le faire.
- Les proches
ont besoin de coaching. Mais où l’obtenir ? C’est
plutôt difficile de trouver ce genre d’aide. Et bien
qu’elles le fassent un peu d’une façon collective
dans les groupes de soutien/d’entraide, des associations comme
Relais ne sont pas en mesure de le faire pour des particuliers.
- C’est vrai, mais les structures classiques de soins sont
en train d’évoluer dans le sens d’une collaboration
avec les proches afin de mobiliser les ressources des gens «
du terrain ».
- Une mère
dit qu’elle n’a jamais été convoquée
par l’équipe soignante pour parler du cas de son fils
; on lui dit que lui ne veut pas.
- Il faut le consentement du patient. Mais il y a des techniques
pour l’obtenir. Par exemple, le thérapeute peut dire
que la thérapie piétine et qu’il a besoin de
la contribution de la famille. Le groupe de supervision du docteur
Cungi contacte directement les proches au lieu de demander au patient
de transmettre à la famille l’invitation à participer.
- Que faire
quand le malade ne veut pas être soigné, refuse le
traitement ?
- C’est un problème difficile. Mais il y a des méthodes.
Là aussi, il faut un travail en famille. Mais on ne peut
pas s’attendre à des résultats rapides. Un bon
livre sur ce sujet est « Je ne suis pas malade », traduit
par le docteur Yann Hodé.
|