Lors des Journées francophones de la schizophrénie 2006, le Dr Marco MERLO a donné une conférence sur la schizophrénie et les signes précurseurs. Il a aussi décrit les facteurs de risque et le travail d’évaluation, de prévention et de traitement réalisé par JADE.
Ce n'est pas la première fois que le Dr Merlo nous parle de son service. Pour plus d'information sur le travail de JADE, voir:
- Jeunes adultes avec troubles psychiques débutants (JADE) (11 mars 2005)
- Mise au point à propos des médicaments pour le traitement des psychoses (8 novembre 2004)
Incidence
La prévalence de la schizophrénie dans une population n’est pas la même partout, contrairement à ce que l'on a longtemps cru. Si c’était la même (1%) partout dans le monde, a-t-il remarqué, la prévention ne servirait à rien! En fait, l’évidence récente montre que l’incidence varie d’un endroit et d'une société à un/e autre (avec un écart possible de 8/100'000 jusqu'à 45/100'000 pour les nouveaux cas). Cela varie aussi dans le temps: chez nous, on assiste à une augmentation ces dernières années. Ceci est dû à des facteurs sociaux, économiques et culturels qui jouent un rôle dans le déclenchement de la schizophrénie.
Diagnostique et intervention
Le Dr Merlo a insisté sur l'importance d’intervenir aussi tôt que possible dans la maladie. A JADE, on intervient soit dans la phase "prodromique" qui précède l'apparition d'un psychose, soit dans celle de transition, soit après un premier épisode psychotique. Dans la phase prodromique, l'intervention précoce peut permettre une rémission complète ou partielle.
Dans cette phase, les symptômes sont non spécifiques à la schizophrénie; le diagnostic est donc difficile. Ils peuvent inclure: irritation, changements d'humeur, perte de motivation, difficultés de concentration; la personne peut ressentir des phases d'accélération ou de ralentissement du cours de la pensée.
Mais comme ces symptômes sont non spécifiques, il faut observer la personne sur une certaine durée. Ce n'est pas parce qu'elle montre quelques-uns de ces "premières signes" qu'on doit conclure qu'elle risque de tomber malade! Il pourrait aussi s'agir d'une crise de l'adolescence. Ce n'est donc pas les signes eux-mêmes qui sont importants, mais leur durée et leur évolution dans le temps.
La perspective de l'entourage est aussi très importante: il est bien placé pour noter des changements majeurs de comportement, par exemple une diminution des performances scolaires ou professionnelles, un retrait social, une diminution d'activité, de motivation, une désinsertion progressive et une sorte de divorce de la réalité. Pour le Dr Merlo, une bonne collaboration entre l'équipe soignante et la famille, au début de la maladie, favorise la rémission.
Facteurs de risque
Parmi les facteurs de risque, le Dr Merlo cite : des difficultés intra-familiales de communication, la maladie psychique d'un ou des deux parents, des événements importants de vie, l’absence de réseaux non-familiaux, la consommation d'alcool et drogues (particulièrement le cannabis).
Pendant la phase prodromique, la psychothérapie marche aussi bien que les médicaments neuroleptiques. Mais si la personne est déjà psychotique, elle a besoin d'un traitement psycho-pharmacologique. Avec les nouveaux produits, on évite les effets secondaires les plus gênants.
Il est important à ce stade d'aider le jeune à ne pas se désinserer, à rester en formation, à poursuivre des activités journalières régulières. L'insertion sociale est le principal/e traitement/thérapie préventive.
Le jeune qui ne veut pas consulter
Cette question, posée par des parents qui estiment que leur proche a besoin de se faire soigner ou, au moins, de consulter un psychiatre, revient très souvent lors des conférences de RELAIS. Le Dr Merlo explique que JADE fait l’effort d'aller vers le jeune, et d'instaurer le dialogue avec lui. Si l'équipe estime qu'il est en situation de risque, elle peut l'hospitaliser.
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La Doctoresse Marina Croquette-Krokar, psychiatre, directrice-adjointe du Centre de Chêne, a parlé du « Cannabis : effets psychotropes et santé mentale ». Elle a décrit les effets néfastes du cannabis sur les capacités cognitives et sociales, la santé physique et psychique des jeunes, tout particulièrement pour ceux souffrant de schizophrénie.
Avec une concentration en THC de plus en plus élevée, le cannabis (sous toutes ses formes – marijuana, hashisch et huile de cannabis) est aujourd’hui beaucoup plus fort qu’il ne l’était il y a 30 ans ; il existe un risque de dépendance psychique ET physique. Mais les effets varient selon les attentes du consommateur, le contexte, etc.
Avec la Hollande, la Suisse tient le record en Europe pour la consommation de cette drogue hallucinogène! La consommation commence chez des enfants de plus en plus jeunes, la cause se trouvant en partie dans notre société de consommation. On peut commander par Internet…
Effets
Chez les adolescents (13-25 ans), dont la matière grise s'organise et se spécialise, le désir intense ("craving") de cannabis s'explique par une modification de la structure cervicale; il faudra parfois s'abstenir jusqu'à un an pour que ce désir s'estompe. Etant très liposoluble, le cannabis reste pendant des semaines dans le sang, l'urine, les cheveux.
Le mauvais usage de cannabis peut entraîner une baisse de rendement scolaire, des problèmes de concentration et de mémoire (problèmes cognitifs). Il peut aussi renforcer ou entretenir une perte d'ambition ou d'élan vital. Quand l'usage devient chronique, on trouve des symptômes de manque chez 50% des utilisateurs après 3-4 jours: irritabilité, anxiété, insomnies, nausées, transpiration, douleurs abdominales ou tremblements musculaires. Mais ces symptômes disparaissent après une semaine.
Parfois, le cannabis est utilisé pour palier à des difficultés comme la dépression, des conflits, des carences affectives.
Cannabis et psychose
Le cannabis peut déclencher la schizophrénie. Mais, seul, il n’ est pas une cause nécessaire ni suffisante. Néanmoins, le risque est 2-3 fois plus élevé lors de consommation à l’adolescence. Pour les personnes atteintes, le cannabis peut faire flamber les symptômes et annule les effets bénéfiques des neuroleptiques.
Quelle information donner aux jeunes en général? La Dresse Croquette-Krokar résume:
La consommation du cannabis
Précipite la décompensation psychotique des individus prédisposés
Aggrave la symptomatologie de ceux qui sont déjà malades
Conduit à une plus grande dépendance institutionnelle des patients.
Il faut discuter des avantages et des désavantages de la consommation, des bénéfices et des inconvénients de l'arrêt, avec les patients. Il est important de travailler sur la motivation. "La meilleure prévention reste quand même la confiance que place l'adolescent dans son entourage, et la qualité du sentiment de sécurité qui l'entoure."
Le Centre de Chêne fait un travail de réhabilitation, et oeuvre pour convaincre les jeunes de ne pas consommer des drogues. Le travail touche toutes les addictions. On peut les contacter à :
100 route de Chêne
1224 Chêne-Bougeries
Suisse
Tel. +41 22 869 40 40
Fax. +41 22 869 40 50
E-Mail
Site Internet
Voir aussi: Présentation de la Doctoresse Marina Croquette-Krokar sur "Cannabis dans tous ses états"
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