Le
rétablissement est un thème qui nous permet de sortir
des sentiers battus, d’avoir une vision élargie en
marge des systèmes de soins et qui permet de réfléchir
sur la globalité des personnes.
Les soignants
soignent. Est-ce vraiment l’approche la plus efficace par
rapport aux états de délabrement psychique ? Mais
les systèmes de soins des personnes souffrant de troubles
psychiques résistent (autant que ceux qui soignent la toxicomanie)
aux évaluations d’efficacité.
Ce constat fut
le point de départ de recherches empiriques, entreprises
dans des pays anglo-saxons, sur le rétablissement –
recherches en dehors des systèmes de soins et basées
sur l’expérience et la vie des personnes elles-mêmes
– recherches qui essayaient de déceler les différences
qualitatives entre celles qui s’en sortent (le fameux 30%)
et les autres.
Ces recherches
nous donnent une grille de lecture et de compréhension en
relevant les points communs de différents cas de rétablissement.
Qu’est-ce
que le rétablissement ?
A partir de quand peut-on estimer que quelqu’un est rétabli
? Le rétablissement n’est PAS le retour à un
état/ordre antérieur. Bien que la fragilité
existe, on peut estimer qu’une personne est rétablie
quand elle a
- retrouvé une qualité de vie qui donne de la dignité
à l’existence
- accepté ses limites
- retrouvé un sens à l’existence « malgré
tout »
- ne se sent pas impuissante
On trouve quelques
caractéristiques communes entre différents cas de
rétablissement, notamment :
1.
Une redéfinition et une expansion de son image de soi
Quand quelqu’un souffre de maladie mentale, il devient quelqu’un
en opposition avec ce qu’il voulait devenir. Ceci provoque
souvent le déni. Il ne faut pas forcément accepter
le diagnostic formel. Mais le progrès n’est possible
que si l’on arrive à faire le deuil de l’image
idéale de soi-même. Une fois que l’on accepte,
on a accès à la découverte d’un nouveau
soi.
Ceci est très
douloureux ! C’est un moment très sensible où
la personne se sent diminuée. Elle doit pouvoir redécouvrir
les multiples facettes, la complexité de sa personnalité.
Les groupes
d’entraide avec d’autres personnes souffrant de troubles
psychiques sont très importants : on se reconnaît soi-même
dans l’autre.
2.
Une autre relation à l’espace temporel
Avec l’espoir, avec l’espérance, la personne
est capable de se projeter dans un avenir meilleur. La spiritualité
lui permet aussi de se construire la conviction que la réalité
ne se borne pas à la vie sur terre, mais existe aussi ailleurs
que dans la vie terrestre.
[La spiritualité
ne se résume pas qu’à la religion établie.
Elle peut s’associer avec la nature, à des valeurs
laïques de solidarité, d’entraide, à un
univers de principes et de valeurs. Cet élément n’est
pas explicitement présent dans le système de soins.]
3.
Le pouvoir d’agir
Par rapport au sentiment d’impuissance totale qu’éprouvent
beaucoup de personnes souffrant de maladie psychique, celles qui
« s’en sortent » ont pu regagner leur pouvoir
d’agir – au niveau personnel, inter-personnel, organisationnel
ou communautaire.
Certains services/approches
peuvent encourager ce processus.
Tout ce que
peuvent faire les personnes concernées dans le sens d’aider
la communauté à mieux comprendre la maladie psychique
est utile pour la communauté et pour la personne elle-même.
Le trouble psychique
est aussi un gain d’expérience !
4.
La relation aux autres
La personne a besoin de revisiter et rétablir ses relations
avec
- sa famille (le « clan » - irremplaçable)
- ses pairs (y compris des personnes qui ont vécu des expériences
semblables)
- des intervenants (au moins un/e avec lequel/laquelle il/elle peut
établir une relation positive
- le service de santé et de soutien
La recherche
canadienne sur la densité des relations montre que plus la
personne est capable d’établir une relation dense,
plus qu’elle est avancée sur la route du rétablissement.
Mais attention : il n’y a pas de norme pour cette «
densité » par rapport au rapprochement ou à
la distance. Une position de retrait positif est possible. Ce qui
compte c’est ce qui est confortable pour la personne concernée.
* * *
DISCUSSION
Q : Vous avez
parlé de groupes de soutien. Mais les personnes souffrant
de trouble psychique parfois rejettent les autres « malades
».
R : Oui, l’entraide est plus difficile avec certaines pathologies.
Q : Le trouble
psychique n’atteint-il pas toute la conscience ? Pour moi
c’est nouveau d’entendre que l’on peut être
conscient de sa propre maladie.
R : Quand les personnes psychotiques sortent de leur crise, elles
révèlent que pendant les pires moments, il reste de
la conscience. Il est possible d’être désorganisé
et lucide au même moment, ou de fluctuer très rapidement
entre ces états.
Q : A quel moment
vient le « déclic » (de l’acceptation)
?
R : L’introduction de l’espoir, d’une vision du
mieux peut le déclencher.
Q : Les proches
peuvent-ils demander au malade comment il se sent, ce qu’il
pense, comprend… ? Si oui, comment ? Et à qui peut-on
poser ces questions ?
R : Les proches ont leur propre rétablissement à travailler.
Cela passe par prendre soin de soi-même. Comme cela, on dégage
de l’espace pour la personne malade.
Q : Quel impact
a le niveau intellectuel sur le rétablissement ?
R : L’intelligence n’a pas d’effet automatique
et mécanique.
Q : Comment
le deuil fait par la personne concernée et celui fait par
les proches peuvent-ils interagir ?
R : Libérer l’autre des attentes qu’on avait
de lui est un cadeau !
Q : On apprend
à reconnaître les mécanismes qui mènent
au « burn-out ». Cette capacité d’apprendre
à les reconnaître est un élément du rétablissement.
Or, on dit que les schizophrènes n’ont pas cette capacité
d’ « historicité ». Ils n’apprennent
pas de leurs expériences.
R : L’interaction avec la famille peut aider. Les contrats
et/ou les directives anticipées aussi.
Q : Comment
susciter l’envie d’essayer, de faire ?
R : Je n’ai pas de réponse à cette question.
Je peux citer le cas d’une personne qui est restée
une année enfermée chez elle avant de finalement sortir.
Elle explique que c’était très important pour
elle simplement « d’être ». Il est peut-être
important d’aller jusqu’à la fin de cette expérience.
Q : Comment
perçoit-il la maladie psychique dans d’autres sociétés
?
R : Dans certaines sociétés, on ne dissocie pas la
personne de la communauté. Si une personne est malade, c’est
toute la communauté qu’il faut traiter. Ceci est bien.
Mais il n’y a nulle part de réponse simple et efficace
aux troubles psychiques sévères.
A noter que certains troubles psychiques s’expriment différemment
dans différents contextes. Par exemple, aux Antilles, les
personnes dépressives sont exubérantes. Ceci ne s’applique
pas à la schizophrénie. Mais dans certaines cultures,
ils peuvent être perçus comme des médiums avec
le monde des esprits.
Q : L’intégration
des personnes souffrant de troubles psychiques n’était-elle
pas meilleure dans le monde rurale d’autrefois ?
R : Non, c’est un leurre. Ce n’était pas mieux
dans le passé. Souvent, on enfermait et cachait ces personnes
!
Q : Pourquoi
toujours ce mot deuil, associé à la mort !
R : En psychologie, on peut parler de renoncement. Mais la vie est
une longue série de deuils…
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