Le
Pr Eliez dirige le Service Médicopédagogique de Genève
et travaille également dans le Laboratoire de neurosciences
et neuroimagerie de l’Université. M. Debbané,
psychologue, fait un doctorat où il étudie tout particulièrement
les facteurs qui rendent vulnérable à la psychose.
La
schizophrénie, une maladie neurodéveloppementale.
Cela a été dit pour la première fois en 1985
! La schizophrénie commence dès l’enfance, voire
pendant le développement intra utero. Les risques augmentant
avec l’âge jusqu’à 25-30 ans.
La
présence de certains facteurs de risque pendant l’enfance
ou l’adolescence nous permettent de penser que la personne
pourrait tomber malade plus tard.
Selon l’agressivité
de l’environnement, il y a certains symptômes ; s’il
y a beaucoup d’agressivité, cela peut mener à
la schizophrénie.
Les déterminants
génétiques vont influencer le fonctionnement du cerveau.
Il y a des facteurs biologiques ou de fonctionnement intellectuel
que l’on peut mesurer (ex. facteurs oculaires, mémoire...).
L’ensemble de tous les symptômes participent au spectre
de la schizophrénie.
Facteurs
de risque
1) Hallucinations précoces (pendant l’enfance)
Cela est lié avec une anxiété élevée
et/ou la dépression. Le plus souvent cela ne va pas plus
loin et il y a une rémission totale. Ce dont il faut tenir
en compte, c’est la fréquence, la sévérité
et le contexte d’apparition.
Souvent ces hallucinations surviennent après un événement
traumatique (75%).
Si un ado a des hallucinations fréquentes, il faut le prendre
en charge !
42% des enfants ayant des hallucinations à 11 ans auront
développé une schizophrénie à 26 ans
!
La plupart du temps personne ne sait rien au sujet des hallucinations,
l’enfant n’en parle pas.
2)
Biais cognitifs
Un exemple : on achète un vélo d’une certaine
marque et, dès lors, on a l’impression de voir des
vélos de la même marque partout. Des voix internes
et des pensées intrusives sont normales ; mais il arrive
qu’on commence à les percevoir comme venant de l’extérieur.
Une explication : on les désapprouve et ainsi on les attribue
à l’extérieur.
La schizotypie positive comprend la pensée magique, l’idée
que tout se réfère à soi, la méfiance.
3)
Développement cérébral à l’adolescence
La neurogenèse (fabrication des neurones) se fait entre la
4e et la 24e semaine de gestation. La synaptogenèse (fabrication
des branches des neurones ) commence en fin de grossesse, se poursuit
pendant les premières années de vie.
On a 80% du volume cérébral à 2 ans et 95 %
à 5 ans. Après il y a une diminution de toutes la
connexions dont on n’a pas besoin et une réorganisation.
Une diminution marquée de la matière grise à
l’adolescence est un facteur de risque. Il y une relation
entre la diminution, la précocité et la sévérité
des symptômes. Chez la personne malade, les neurones sont
désorganisés et ont perdu des branches.
NB : Les changements du cerveau précèdent la maladie.
Ils en sont une cause, pas un résultat.
4)
Facteurs environnementaux traumatiques autour de la naissance
Trauma cérébral périnatal >> 7% de risque
; asphyxie périnatale >> 4.4% ; décès
du père pendant grossesse et donc stress maternel >>
6.2% de risque.
Interaction des gênes avec l’environnement.
5)
Cannabis
Ce n’est pas une cause, mais cela augmente le risque. Le cannabis
est associé à une entrée plus rapide en psychose,
à des symptômes plus fréquents et sévères,
à une moindre efficacité des médicaments et
un moins bon pronostic. Le risque est différent en fonction
de l’âge et du dosage.
NB : Certains métabolismes sont plus vulnérables au
cannabis que d’autres.
6)
Facteurs génétiques
La schizophrénie atteint
1% de la population
10% des personnes ayant un parent schizophrène
35% des personnes ayant deux parents schizophrènes
50% des personnes ayant un jumeau schizophrène (NB. Cela
veut que l’influence de l’environnement n’est
pas négligeable !)
Beaucoup de
gênes sont impliqués. Il y a aussi un changement génétique
dans les régions du gêne qui régule.
On a trouvé une relation entre la schizophrénie et
un ensemble particulier de plusieurs autres chromosomes. Le chromosome
22 est tout particulièrement impliqué. D’ailleurs
les enfants souffrant du syndrome «velo-cardio-facial »
qui sont caractérisés par plusieurs traits faciaux
identifiables et certaines pathologies physiques ont 30% de risque
de développer une schizophrénie. Cependant, on accompagne
ces enfants dès la 1ère année de vie pour étudier
comment le cerveau fonctionne et se développe et ce qui leur
fait courir un risque.
Les troubles de l’attention avec de la dépression pourrait
être un marqueur psychique.
NB : En ce qui
concerne les symptômes, il ne s’agit pas d’une
dichotomie symptômes/pas de symptômes. On peut avoir
quelques symptômes sans pour autant être schizophrène.
Identification
et traitement
On ne peut pas
traiter tout le monde. C’est pour cette raison qu’il
est très important de détecter la présence
des facteurs de risque. Mais que faire quand des facteurs à
risque sont décelés ? Comment prévenir, empêcher
la psychose ?
Les
objectifs de la prévention sont :
· Retarder l’évolution symptomatique
· Réduire la durée de la symptomatologie psychotique
(fréquence et sévérité)
· Réduire la durée de la psychose non-traitée.
Une
prise en charge préventive comprend
· Médication
· Psychothérapie
· Prise en charge sociale, familiale.
Jusqu’à
maintenant les neuroleptiques utilisés agissent sur les neurotransmetteurs.
Ils compensent certains effets de ces neurotransmetteurs mais ne
guérissent pas le processus primaire. D’autres médicaments,
par exemple le lithium, agissent plutôt sur les branches et
ont un effet protecteur. En Australie, on a commencé à
les utiliser dans la phase prodromique avec des adolescents où
il y a une forte probabilité de développer la schizophrénie.
Questions
Q : Est-ce que
la prévention médicamenteuse agit aussi pour empêcher
la diminution de matière grise ?
R : Oui.
Q : Les médicaments
utilisés pour des enfants hyperactifs comme la Ritaline augmentent-ils
le danger de développer une psychose plus tard ?
R : Non. C’est plutôt le contraire. Le risque est ainsi
réduit. Ceci est dû aussi aux bons effets d’un
suivi psychologique et social qui protège la personne.
Q : Quelle est
l’utilité des psychothérapies ?
R : Il est important d’utiliser toutes les armes de prévention
: les médicaments, la psychothérapie et une prise
en charge sociale, familiale. Il est important de diminuer le stress.
Q : Une schizophrénie
non détectée peut-elle engendrer d’autres pathologies
telles que l’anorexie ?
R : Non. Il est plus probable que ce qu’on diagnostique comme
l’anorexie est en fait un signe avant-coureur ou une manifestation
de la schizophrénie.
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